1'37"44, Fernando Alonso est le plus rapide au terme de cette séance de qualification du Grand Prix de Malaisie.
Pour sa deuxième apparition chez Renault en cette saison 2003, le tout jeune Espagnol n'a pas mis longtemps
à faire parler la poudre. Briatore et Renault ont vu juste, Alonso est un diamant pur, aussi vindicatif en course que
rapide aux essais, et sa victoire quelques mois plus tard au Grand Prix de Hongrie ne surprend plus personne.
Après une bonne dizaine d'années d'hégémonie de Michael Schumacher, un record de longévité au sommet de la F1,
c'est à présent une nouvelle génération de pilotes qui frappe aux portes des podiums, Raikkonen et Alonso en étant
deux parfaits ambassadeurs. Continuant sa marche en avant en 2004, Schumacher ne le sait pas encore, mais le
septième titre acquis en fin de saison, son cinquième d'affilée, sera le dernier. Le temps et l'expérience ainsi acquis
vont à présent jouer pour Alonso et Renault qui ont déjà placé quelques banderilles au long du parcours. La plus
méchante fut au Grand Prix de France. Devant un large public et le P-DG de Renault Carlos Ghosn, Alonso signe la
pole position et s'empare de la tête de la course le lendemain. Bloqué par l'Espagnol, Michael Schumacher ne parvient
pas à passer, même à l'occasion des ravitaillements. << Face à la théorie voulant que qui ne tente rien n'a rien, nous
avons décidé de passer de trois à quatre arrêts >> explique après coup le pilote Ferrari. Profitant d'une piste libre et de
pneus frais, Michael imprime une telle cadence que malgré le temps perdu au stand, il franchit en vainqueur la ligne d'
arrivée de cette course chère à Renault.
Un fier Ibère
Ayant parfaitement intégré les nouvelles règles techniques régissant la F1 dont le moteur pour deux Grand Prix, ou la
qualité des pneus définie avant les essais chronométrés, c'est par une victoire de Giancarlo Fisichella puis deux d'
Alonso que l'équipe Renault attaque le championnat 2005. Chez Ferrari le résultat est nettement plus contrasté, mais
une réplique est attendue à Saint-Marin, terrain toujours très favorable aux machine rouges. Parti loin sur la grille, le grand Schumacher est de retour il est dans le sillage d'Alonso à dix tours du but, et chacun tend le cou pour mieux voir le duel que l'on attend depuis le début de saison. Michael harcèle sans relâche la Renault, mais son pilote semble imperturbable. Pilotant sans aucune faute malgré l'énorme pression exercée par son poursuivant, Fernando remporte une immense victoire aux yeux de tous et surtout de son équipe. Le Grand Prix de France apportera une satisfaction identique à l'équipe jaune et bleue, avec à la clé une belle revanche sur la saison précédente face au même Schumacher, célébrant ainsi la première victoire de l'écurie Renault sur le sol français depuis 1983.
Duel au sommet
Seulement troisième du classement final du Championnat du monde 2005, Michael Schumacher ne baisse pas les
bras. De ce rang indigne du compétiteur qu'il est, l'Allemand va puiser une nouvelle énergie. << Ce que je veux, c'est
me battre pour la victoire >> martèle-t-il, << ressentir cette pression au creux de l'estomac et me battre à 100 % >>.
Ce sera chose faite dès l'ouverture de la saison à Bahrein. Placé en pole position, mais battu d'un rien lors de la saison salve de ravitaillements, Schumacher est pourtant tout sourire sur le podium. Il est rassuré, la nouvelle 248-F1 est dans le coup et lui permettra de combattre cette année. Il le prouvera au quatrième rendez-vous à Saint-Marin. En tête depuis le départ, la Ferrari baisse peu à peu de cadence, permettant à Alonso de le rejoindre. Ne parvenant pas à passer la monoplace italienne, celui-ci rentre au stand. C'est le signal qu'attendait Schumacher pour donner 100 % en piste et rester devant même après qu'il se fut arrêté lui aussi. En ayant ainsi préservé ses pneus, Michael prouve qu'il reste toujours le Schumi des grands jours, d'autant que le scénario se répétera sur le circuit du Nurburgring. Extrêmement serrée, la partie se poursuit à chaque course. Survolté devant son public, Alonso reprend la main à Barcelone avant le rendez-vous de Monaco.
Schumacher n'aime pas perdre, on le sait, et a toujours utilisé toutes les ficelles pour éviter cette situation...
Rétrogradé par les commissaires au dernier rang de la grille de départ, le fautif vient de se tirer une belle balle
dans le pied sur un tracé où il est quasiment impossible de doubler. Alonso vainqueur, il parviendra à remonter
jusqu'à la cinquième place, record du tour en prime, synonyme de belle occasion gâchée... Après deux nouveaux
duels perdus, il est vrai de peu, en Angleterre et au Canada, l'on ne donne plus cher des chances du Baron rouge dans la course au titre avec ses vingt-cinq points de retard. << Je crois que je peux encore jouer le titre >> répond
Schumacher aux sceptiques.
Bouquet final
États-Unis, France, Allemangne, ces trois courses remportées par celui qui secrètement a décidé de prendre sa
retraite donnent raison à son pronostic. D'autant que la Renault, après l'interdiction du montage de l'amortisseur
de vibrations, a perdu de sa superbe, et au soir du Grand Prix d'Italie c'est carrément l'alerte rouge qui est donnée.
Avec un moteur cassé, l'Espagnol laisse les dix points de la victoire à son rival qui, tout en annonçant publiquement sa décision de stopper la course automobile à la fin de cette saison, revient à deux petites longueurs du leader du championnat.
Placées toutes deux en première ligne du Grand Prix du Japon, les Ferrari font peur, mais en course le sort bascule
et c'est dans le panache de fumée de son V8 que Schumacher doit rendre les armes face au vainqueur du jour Alonso. Perdu pour perdu, c'est à un feu d'artifice que l'immense Schumi conviera les observateurs pour l'ultime rendez-vous au Brésil. Une pompe à essence récalcitrante perturbe ses essais, et en course un contact avec Fisichella lui détruit un pneu. Qu'importe, reparti au fond du classement le multiple champion du monde lâche tout.
Tournant une seconde au tour plus vite que tout le monde, il revient à bride abattue sur ses adversaires, arrachant
la quatrième place à son futur remplaçant chez Ferrari Kimi Raikkonen dans l'ultime boucle. << Aujourd'hui, Schumacher volait >> dira ce dernier. << J'avais décidé de me faire plaisir, et sur la fin, pour mon dernier Grand Prix, je me suis bien lâché >> confirmera Schumacher. Absent du podium sur lequel Massa savoure son succès devant son public au côté du nouveau Champion du monde Alonso. Schumacher a lui aussi mérité tous les honneurs. Avec son départ, un grand chapitre de la Formule 1 s'achève.


